
Îlet Chancel : les iguanes et les fonds blancs de la Baie du Robert
Le plus grand îlet de la Martinique abrite la population d'iguanes des Petites Antilles la mieux suivie de l'île, à quelques minutes du ponton du Robert. Une espèce qui ne vit nulle part ailleurs que dans les Petites Antilles, sur un îlet où l'on ne débarque pas librement.
Le plus grand îlet de la Martinique
La baie du Robert s'ouvre sur la côte atlantique, fermée au large par une barrière de corail qui casse la houle et laisse derrière elle une eau calme, semée de dix îlets. Le plus vaste d'entre eux est l'îlet Chancel : 2 100 mètres de long pour 900 mètres dans sa plus grande largeur. Sa surface varie selon les documents de la DEAL, de 70 hectares dans la brochure de son arrêté de protection à près de 80 dans son inventaire naturaliste.
Sa proximité avec la côte du Robert en fait, selon l'inventaire des espaces naturels de la DEAL, un refuge pour les chauves-souris et surtout pour l'iguane. Le relief est bas et sec, couvert d'une forêt littorale où dominent le poirier-pays (Tabebuia heterophylla), le catalpa et le mancenillier ; quelques falaises en rendent une partie totalement inaccessible, y compris aux scientifiques qui y travaillent.

L'iguane des Petites Antilles, en danger critique
L'îlet Chancel est d'abord connu pour ses iguanes, mais pas n'importe lesquels. Iguana delicatissima, l'iguane des Petites Antilles, ne vit nulle part ailleurs dans le monde que sur cet archipel, et la Liste rouge de l'UICN le classe en danger critique d'extinction depuis 2018. L'îlet en abrite la population la mieux connue de Martinique : étudiée depuis les années 1990, elle est suivie par capture-marquage-recapture depuis 2012, avec une interruption en 2022 et 2023.
Le suivi d'avril 2025, mené par la Société herpétologique de France, estime la population à 368 iguanes, dans un intervalle de 322 à 428, un chiffre proche de celui de 2024. C'est moins que ce que prévoyaient les projections établies sur les années précédentes, et ses auteurs jugent la situation inquiétante pour la survie de cette population.
L'espèce est essentiellement arboricole : lors de la mission 2017, 76 % des iguanes ont été observés dans les arbres. Cela ne veut pas dire qu'on les voit facilement. Un adulte passe l'essentiel de la journée immobile, sa livrée se confond avec l'écorce, et la population de Chancel a des habitudes de repos qui la rendent nettement plus discrète qu'ailleurs. On la repère à une silhouette figée, rarement à un mouvement, et un œil habitué au site en voit plusieurs quand un œil neuf n'en voit aucun.
Deux iguanes qui se ressemblent
La menace principale n'est pas le visiteur, c'est un cousin : l'iguane commun (Iguana iguana), introduit dans les Antilles, s'hybride avec l'espèce endémique et donne une descendance fertile qui la dilue jusqu'à la faire disparaître. Début 2017, des iguanes communs ont été repérés autour d'autres îlets de la baie du Robert, à environ deux kilomètres de Chancel ; aucun n'a été trouvé sur l'îlet lui-même. Le rat noir, lui, s'attaque aux œufs : une opération de dératisation a été menée en 2023, mais le retour des rats sur l'îlet a été confirmé en 2025, sans doute depuis les îlets voisins, dont La Grotte, à 150 mètres seulement.
Les fonds blancs : avoir pied en pleine mer
Un fond blanc n'est ni une plage ni un lagon : c'est un haut-fond de sable clair, fait de débris coralliens et de sables grossiers, qui remonte presque jusqu'à la surface, au large du rivage. La profondeur n'y dépasse pas deux mètres. On y coupe le moteur, on descend du bateau, et on a de l'eau à la taille au milieu de la mer.
Ces hauts-fonds s'égrènent le long de la côte atlantique, à l'abri de la barrière de corail. Le plus célèbre est la Baignoire de Joséphine, entre les îlets Oscar et Thierry, au François ; d'autres existent au Robert, vers la pointe la Rose. Vus d'en haut, ils forment des plaques pâles au milieu du lagon : notre guide du survol en ULM explique comment la couleur de l'eau se lit depuis un appareil.
Un fond blanc n'est pas un spot de snorkeling


Trois siècles d'histoire, trois noms
L'îlet s'est appelé îlet Monsieur au XVIIe siècle, puis îlet Ramville lorsque Dubuc de Ramville l'acquiert et y installe une sucrerie et une poterie, avant de prendre à la fin du XIXe siècle le nom de la famille Lagrange-Chancel, qui le rachète. Les cyclones ont eu raison des installations : il en reste des vestiges dans la végétation, que l'on traverse en montant vers le plateau.
L'îlet est aujourd'hui une propriété privée. C'est ce statut, autant que l'arrêté de protection de biotope, qui explique que l'on n'y débarque pas librement.
Approcher les iguanes sans leur nuire
L'iguane des Petites Antilles est une espèce protégée : le déranger, le capturer ou le transporter est interdit. Les règles ci-dessous ne sont pas de la précaution de principe : sur une population d'environ 370 individus, chaque échec de reproduction compte.
À faire
- Rester sur les sentiers et les zones ouvertes à la visite.
- Observer à distance et sans gestes brusques : un iguane qui se fige ou gonfle son fanon est un iguane dérangé.
- Signaler à votre guide tout iguane qui vous semble différent des autres : c'est ainsi que les iguanes communs sont repérés, et leur présence sur l'îlet serait une urgence.
- Repartir avec l'intégralité de vos déchets, restes de pique-nique compris.
À ne jamais faire
- Nourrir les iguanes, même un fruit : cela les habitue à l'humain et déséquilibre leur régime.
- Les toucher, les attraper ou les poursuivre pour une photo.
- S'abriter sous un mancenillier ni toucher ses fruits : sa sève brûle la peau, y compris ruisselante de pluie.
- Débarquer seul depuis un kayak ou un bateau privé : l'îlet est une propriété privée.
Un guide formé, pas improvisé
Quand y aller
L'îlet se visite toute l'année. Comme tous les reptiles, l'iguane régule sa température au soleil : par temps dégagé il s'expose, par temps couvert ou après une averse il se met à couvert et devient très difficile à voir. Une journée claire vaut mieux qu'une saison particulière.
Les accouplements ont lieu autour du mois de mars : c'est la fenêtre du 15 mars au 15 avril que les scientifiques retiennent chaque année pour leurs comptages, afin de comparer des données prises au même moment du cycle. De juillet à octobre, l'hivernage apporte des averses plus fréquentes, brèves mais suffisantes pour renvoyer les iguanes au couvert.
Sources
Voir les 8 sources de ce guide
- Angin B., 2017. Étude de la population d'Iguana delicatissima de l'îlet Chancel, mission 2017 (Ardops Environnement / DEAL Martinique)
- Pauwels J., Duporge N., Trochet A., 2025. Suivi de la population d'Iguane des Petites Antilles par capture-marquage-recapture sur l'îlet Chancel (Société herpétologique de France / ONF)
- Brochure de l'arrêté de protection de biotope de l'îlet Chancel (DEAL Martinique)
- Inventaire ZNIEFF, zone 0025, l'îlet Chancel, version mise à jour en 2011 (DEAL Martinique)
- Inventaire du patrimoine géologique de la Martinique, fiche 29, 2012 (BRGM / DEAL Martinique)
- Iguanes : le dossier et le plan national d'actions (DEAL Martinique)
- Iguana delicatissima sur la Liste rouge des espèces menacées (UICN)
- Dératisation de l'îlet Chancel en Martinique (Initiative espèces envahissantes outre-mer)
Crédits photo
Photographies AGEM Excursions, sauf celles listées ci-dessous :

Prêt pour l'aventure ?
Excursion maritime ou sensations aériennes, réservez dès maintenant et vivez une expérience inoubliable en Martinique. Places limitées !
Comment y aller
Il n'y a ni pont ni navette. On accède à l'îlet Chancel par la mer, au départ du Robert, et le débarquement suppose l'accord des propriétaires : approcher les îlets en kayak est possible mais réglementé. En pratique, la visite passe par un opérateur autorisé à y conduire ses passagers.
Nos sorties qui débarquent sur l'îlet
Deux formules au départ du ponton du Robert, l'une et l'autre avec visite guidée de l'îlet, baignade dans un fond blanc et snorkeling près des récifs.