
Les tortues marines de la Martinique : où les voir, comment les approcher
5 espèces fréquentent les eaux martiniquaises, trois se croisent vraiment, et aucune ne s'approche librement : les déranger est un délit, et les prairies sous-marines qui les nourrissent sont sous pression. Où regarder, quand, et à quelle distance s'arrêter.
Cinq espèces, trois rencontres possibles
Les eaux des Antilles françaises sont fréquentées par cinq espèces de tortues marines : la tortue verte (Chelonia mydas), l'imbriquée (Eretmochelys imbricata), la luth (Dermochelys coriacea), la caouanne (Caretta caretta) et l'olivâtre (Lepidochelys olivacea). En Martinique, les deux dernières restent exceptionnelles : dans la pratique, une rencontre en mer sera une verte ou une imbriquée.
Les distinguer est plus simple qu'il n'y paraît, et cela tient au menu de chacune. La verte broute les herbiers : bec arrondi, tête petite, elle se pose au fond et remonte respirer sans se presser. L'imbriquée mange des éponges : bec pointu de rapace, écailles de la carapace qui se chevauchent comme des tuiles, bord arrière en dents de scie, et on la voit plutôt fouiller le récif. La luth, elle, ne ressemble à aucune autre : pas d'écailles du tout, une peau tendue comme du cuir, et plusieurs centaines de kilos. On la croise en mer par hasard, jamais sur commande.
Ces classements sont ceux de la Liste rouge de la Martinique, qui évalue les populations de l'île. Ils ne recoupent pas toujours la liste mondiale : en octobre 2025, l'UICN a sorti la tortue verte des espèces menacées à l'échelle de la planète, alors qu'elle reste ici en danger critique.
Ces trois classements résument pourquoi le reste de ce guide parle surtout de distances. Une population classée en danger critique ne se remet pas d'une saison de dérangement : chaque femelle qui renonce à sortir de l'eau est une ponte perdue, et la reproduction de ces espèces se compte en décennies, pas en années.
Où on les voit, et où on ne les voit pas
Les images que vous avez sans doute vues viennent presque toutes de la côte caraïbe, l'Anse Dufour et l'Anse Noire en tête : des baies fermées, une eau calme, un herbier à 20 mètres du bord, donc des tortues vertes visibles depuis la plage. C'est là que la rencontre est la plus probable, et c'est aussi là qu'elle est la plus encadrée, parce que la fréquentation y est massive.
La côte atlantique, celle du Robert et du François, fonctionne autrement. La houle interdit ce genre de baignade au bord, mais derrière le récif barrière, les baies abritées portent de vastes herbiers où les tortues vertes viennent brouter. On ne les observe pas depuis une plage : on les croise depuis un bateau, entre deux îlets, ou en flottant au-dessus d'un herbier avec un masque. C'est plus aléatoire et plus calme.
Personne ne peut vous garantir une tortue

Ce qu'elles mangent, et ce qui le menace
La tortue verte est herbivore à l'âge adulte, et son herbe porte son nom : Thalassia testudinum, l'herbe à tortue, l'une des sept espèces de plantes à fleurs marines de la Martinique. Ces prairies ne sont pas un décor. Elles fixent le sable, oxygènent l'eau, servent de nurserie aux juvéniles de poissons avant qu'ils ne rejoignent le récif, et nourrissent les tortues.
Le bilan de 2020 relève des changements de fond dans la composition et la structure des herbiers, et l'expansion d'une plante venue d'ailleurs, Halophila stipulacea, qui prend la place des espèces locales. Les pressions identifiées sont la pollution des eaux, la prolifération de microalgues, le piétinement et le labour des ancres et des chaînes. Protéger une tortue sans protéger son herbier revient à surveiller un animal en démontant sa cuisine, ce qui explique que les deux sujets ne se traitent jamais séparément. Notre guide des fonds blancs revient sur ce que l'on peut piétiner et ce que l'on doit enjamber.


La ponte, et les plages qui ferment
Une femelle sort de l'eau la nuit, remonte au-dessus de la laisse de mer, creuse un nid et y dépose ses œufs, puis repart. L'incubation dure environ deux mois. Tout, dans cette séquence, dépend de l'obscurité et du calme : une lumière, une silhouette devant elle, un chien, et la tortue fait demi-tour sans pondre. Ce demi-tour a un nom dans les suivis, la fausse trace, et il se compte comme un échec.
C'est pour cette raison que certains îlets ferment. Plusieurs d'entre eux, sur cette côte, sont couverts par un arrêté de protection de biotope : les uns interdisent le débarquement pendant la seule saison de reproduction, les autres toute l'année, parce qu'ils portent aussi des colonies d'oiseaux marins. Ces fermetures ne sont pas indicatives : elles s'imposent aux bateaux comme aux kayaks.
Le cadre général est le plan national d'actions en faveur des tortues marines des Antilles françaises, en vigueur de 2020 à 2029, piloté par la DEAL et animé par l'Office national des forêts, qui réunit 36 actions sur trois territoires. Une partie de ce travail repose sur des bénévoles qui relèvent les traces de ponte au petit matin, tout autour de l'île.
À quelle distance, et pourquoi
Les tortues marines sont intégralement protégées : leur destruction, leur manipulation et leur dérangement sont des délits, passibles au maximum de 150 000 euros d'amende et de trois ans d'emprisonnement. La loi punit le dérangement sans le chiffrer en mètres : les distances ci-dessous sont celles que les réseaux tortues marines des Antilles diffusent pour rester en deçà, et elles valent pour tout le monde, équipage compris.
À faire
- Rester à 5 mètres au moins de l'animal, et en surface : ne pas descendre en apnée vers lui.
- Nager lentement, sans gestes brusques, et le laisser choisir de s'approcher ou non.
- Observer une femelle en ponte à 10 mètres, derrière elle, en laissant l'avant totalement dégagé.
- Éteindre toute lumière artificielle sur une plage de ponte, lampe frontale et écran de téléphone compris.
À ne jamais faire
- La toucher, la caresser ou tenter de la chevaucher, même immobile et même « juste une seconde ».
- La poursuivre ou lui couper la route quand elle remonte respirer : elle a besoin de la surface.
- Utiliser un flash, de jour comme de nuit.
- Manipuler les nouveau-nés pour les aider à rejoindre la mer : on dégage le passage, on ne les porte pas.
Le dérangement se voit avant l'infraction
Une tortue blessée, désorientée ou échouée
La manipulation d'une espèce protégée est réservée à des personnes formées et autorisées. Devant une tortue morte, blessée, prise dans un filet, ou un nouveau-né qui n'arrive pas à rejoindre la mer, la seule bonne réaction est l'appel.
Réseau échouage : 0696 234 235
Quand tenter sa chance
Il n'y a pas de saison des tortues au sens où il y aurait une saison des baleines. Les vertes et les imbriquées vivent ici toute l'année : ce qui varie, c'est votre capacité à les voir. Une eau plate et une lumière franche multiplient les chances, une surface hachée par le vent les réduit à presque rien, quel que soit le nombre d'animaux sous la coque.
La matinée reste la meilleure fenêtre, pour la même raison qu'ailleurs sur cette côte : le vent forcit dans la journée et le ciel se couvre sur les hauteurs. Et puisque la rencontre ne se commande pas, le bon réflexe est de partir pour la sortie elle-même, les îlets, la mangrove et les fonds blancs, en tenant la tortue pour ce qu'elle est, une bonne surprise.
Nos sorties
Nos navigations se font dans la baie du Robert, au-dessus des herbiers et le long des récifs, avec un arrêt snorkeling à chaque formule. Le programme reste le même que vous croisiez une tortue ou non : elle n'est pas au programme, elle s'ajoute. L'îlet Chancel et ses iguanes, lui, est au programme.
Deux formules au départ du ponton du Robert
Snorkeling près des récifs, arrêt sur un fond blanc et visite guidée de l'îlet Chancel dans les deux cas, la journée complète y ajoutant le déjeuner créole sur l'îlet Madame.
Sources
Voir les 10 sources de ce guide
- Les bons gestes : observation en mer, à la ponte et à l'éclosion (Réseaux Tortues marines des Antilles)
- Le plan national d'actions tortues marines des Antilles françaises 2020-2029 (DEAL / Office national des forêts)
- Les espèces de tortues marines de la Martinique (Réseau Tortues marines Martinique)
- La Liste rouge des espèces menacées en France, faune de Martinique, 2020 (UICN France / MNHN)
- La tortue verte n'est plus considérée comme une espèce menacée, octobre 2025 (Nausicaá)
- En cas de rencontre : tortue blessée, morte ou émergence (Réseau Tortues marines Martinique)
- Le réseau échouage RETOM : quand et comment appeler (Réseau Tortues marines Martinique)
- Les herbiers, herbes ou algues ? (Parc naturel marin de Martinique)
- État de santé des récifs coralliens, herbiers marins et mangroves de Martinique, bilan 2020 (Ifrecor)
- Les îlets du Robert : îlets protégés, ponte et régimes d'accès (Conservatoire du littoral)
Crédits photo
Photographies AGEM Excursions, sauf celles listées ci-dessous :

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