
La Baignoire de Joséphine et les fonds blancs : avoir pied en pleine mer
Une barre de sable clair au large du François, moins de deux mètres d'eau, et une légende impériale qui ne résiste pas à un coup d'œil aux dates. Ce que sont réellement les fonds blancs de la côte atlantique, pourquoi on les trouve sur cette côte, et ce qui vit sous vos pieds pendant que vous y trempez.
Un fond blanc n'est ni une plage ni un lagon
La confusion est permanente, et elle vient des photographies : on y voit une eau claire et un sable pâle, donc on imagine une plage. Il n'y en a pas. Un fond blanc est un haut-fond, une bosse de sable posée au large, loin du rivage. Le bateau coupe son moteur, vous descendez par l'échelle, et vous vous retrouvez debout dans la mer, de l'eau à la taille.
C'est cette sensation, et elle seule, qui fait la réputation du lieu. Personne ne va aux fonds blancs pour la faune : le sable est un désert biologique comparé aux racines de mangrove ou aux têtes de corail voisines. On y va pour une sensation rare : avoir pied en pleine mer.

Pourquoi on les trouve sur la côte au vent
Trois conditions doivent se réunir, et en Martinique c'est sur la côte atlantique qu'elles le font. Il faut d'abord un récif barrière au large, qui casse la houle atlantique et transforme la mer en plan d'eau. Il faut ensuite une usine à sable : ce récif, en se démantelant lentement, produit en permanence des débris de coraux, de coquilles et d'algues calcaires. Il faut enfin des courants assez faibles pour que ces débris se déposent au lieu d'être emportés vers le large.
Le résultat porte un nom en géologie : un sédiment bioclastique, c'est-à-dire un sable fait exclusivement de restes d'êtres vivants. Sa blancheur n'a rien de minéral, elle vient du calcaire des squelettes. C'est aussi ce qui explique la couleur de l'eau : un fond très clair renvoie la lumière vers la surface au lieu de l'absorber, et le turquoise que l'on photographie n'est que du soleil qui a fait l'aller-retour.
Ces chiffres sont ceux de l'inventaire du patrimoine géologique de la Martinique, qui retient les fonds blancs du François parmi les sites remarquables de l'île. Ils s'étendent entre les îlets Thierry, Oscar, Métrente et Long. Le même inventaire signale d'autres hauts-fonds sableux plus au nord, au Robert vers la pointe la Rose, et plus au sud, au large de la baie Sans-Souci au Vauclin.
Vu depuis un ULM, l'ensemble se lit d'un seul coup d'œil : les fonds blancs apparaissent comme des plaques pâles au milieu du lagon, et l'on comprend enfin comment ils se rattachent au récif. Notre guide du survol détaille cette lecture de la couleur de l'eau.
D'où vient le nom de Joséphine
La version que l'on vous racontera sur presque tous les bateaux tient en une phrase : la future impératrice Joséphine, née en Martinique, venait s'y baigner. C'est une belle histoire, et c'est très probablement une histoire. Marie-Josèphe-Rose Tascher de la Pagerie naît aux Trois-Îlets en 1763, sur l'autre façade de l'île, et quitte la Martinique adolescente, en 1779, pour épouser Alexandre de Beauharnais. Elle y reviendra de 1788 à 1790. Sa biographie ne la place jamais au François, et l'inventaire géologique lui-même prend ses distances : il est écrit « l'histoire dit ».
Deux autres pistes, plus prosaïques
Où l'on s'y baigne réellement
La Baignoire de Joséphine proprement dite se trouve au large du François, entre l'îlet Oscar et l'îlet Thierry, sur un banc où la profondeur ne dépasse pas deux mètres. C'est le plus connu des fonds blancs, un haut lieu du tourisme de l'île, et il y a du monde. Ses coordonnées sont 14° 37′ 42″ nord et 60° 50′ 56″ ouest : voir l'emplacement sur la carte.
Plus au nord, la baie du Robert et ses 10 îlets s'abritent derrière le même récif, avec leurs propres hauts-fonds de sable. C'est là que partent nos sorties, et c'est aussi là que se trouve l'îlet Chancel et ses iguanes, que l'on enchaîne dans la même demi-journée.


Avoir pied ne dispense pas de savoir nager
Sur le banc lui-même, l'eau monte rarement au-dessus de la taille d'un adulte, et c'est ce qui fait de la Baignoire une sortie appréciée des familles. Mais un haut-fond n'est pas une piscine : on y descend par l'échelle d'un bateau, ses bords plongent vers des fonds plus profonds, et un enfant n'a pas pied là où un adulte l'a encore.
La règle de nos sorties
Ce qu'il y a sous vos pieds, et à trois mètres
Le haut-fond lui-même est du sable nu, et il supporte très bien qu'on y marche. Ce qui le borde, en revanche, ne le supporte pas du tout. Autour de chaque fond blanc commencent les herbiers, ces prairies sous-marines de plantes à fleurs que l'on confond avec des algues. La Martinique en compte sept espèces, dont deux dominent : Thalassia testudinum, que l'on appelle justement l'herbe à tortue, et Syringodium filiforme, l'herbe à lamantin.
Cette plante venue d'ailleurs gagne sur les espèces locales, et c'est une raison de plus de ménager celles qui restent. Un herbier retient le sable, oxygène l'eau, sert de nurserie aux juvéniles de poissons et nourrit les tortues vertes ; il met des années à se reconstituer quand une ancre y a labouré un sillon, et il meurt sous les pas répétés. Les menaces recensées sont la pollution des eaux, la prolifération de microalgues, les ancres et les chaînes, et le piétinement. Les deux dernières sont les seules sur lesquelles un visiteur ait prise.
La règle pratique est simple : le sable clair se piétine, le tapis vert s'enjambe à la nage. Si vous voulez voir ce qui vit dans un herbier, mettez un masque et flottez au-dessus, c'est là que passent les tortues, dont notre guide dédié détaille les règles d'approche.
S'y baigner sans l'abîmer
Un fond blanc n'a ni gardien ni panneau. Ce qui le protège tient entièrement à la manière dont les bateaux s'y arrêtent et dont les gens s'y tiennent, ce qui rend la liste ci-dessous plus utile qu'un règlement.
À faire
- Rester sur le sable clair et nager au-dessus des zones vertes plutôt que d'y marcher.
- Remonter à bord tout ce qui est descendu avec vous, gobelets et bouteilles compris.
- Appliquer la crème solaire à terre, au moins 20 minutes avant la baignade, ou lui préférer un tee-shirt.
- Signaler à votre capitaine une tortue ou une raie repérée, pour que le groupe garde ses distances.
À éviter
- Jeter l'ancre au jugé : sur un herbier, une ancre laisse un sillon qui met des années à se refermer.
- Prélever du sable, un coquillage ou un morceau de corail, même mort : il fait partie du stock qui alimente le haut-fond.
- Nourrir les poissons ou les raies qui s'approchent des bateaux.
- Marcher sur les zones sombres du fond en pensant que c'est de la vase : c'est vivant.
Le sable clair double le soleil
Quand y aller
Les fonds blancs se pratiquent toute l'année : ils sont abrités du large par le récif, donc peu sensibles à la houle qui rend la côte atlantique impressionnante depuis le rivage. Ce qui change vraiment d'un jour à l'autre, c'est la lumière. Il faut du soleil pour que le fond renvoie le turquoise ; sous un ciel couvert, la même eau paraît grise et l'on se demande ce qu'on est venu voir.
Ce qu'il faut emporter
Les sargasses, la variable de la côte atlantique
Depuis 2011, la Martinique subit des échouements massifs et répétés de sargasses, des algues brunes qui dérivent en nappes depuis le large de l'Atlantique. La côte au vent est en première ligne. La DEAL de Martinique retient trois épisodes majeurs, en 2011, en 2014-2015 et en 2018-2019, et juge désormais le phénomène durable : 41 000 tonnes ont été ramassées en 2018, 15 000 en 2019.
Le problème sanitaire vient des algues échouées : en se décomposant sur le rivage, elles dégagent de l'hydrogène sulfuré et de l'ammoniac, que suivaient 15 stations de mesure en 2020. Au large, sur un haut-fond, on croise plutôt des nappes flottantes, qui brunissent l'eau et gâchent la baignade.
Ce que personne ne peut promettre
Sources
Voir les 8 sources de ce guide
- Inventaire du patrimoine géologique de la Martinique, BRGM/RP-61443-FR, 2012, fiche 29, Les Fonds Blancs du François (BRGM / DEAL Martinique)
- Gestion des échouages de sargasses en Martinique, avancées et perspectives, 18 juin 2020 (DEAL Martinique)
- Les herbiers, herbes ou algues ? (Parc naturel marin de Martinique)
- État de santé des récifs coralliens, herbiers marins et mangroves de Martinique, bilan 2020 (Ifrecor)
- Baignoire de Joséphine : coordonnées et trois hypothèses sur le nom (Wikipédia)
- Les îlets du Robert : îlets protégés et régimes d'accès (Conservatoire du littoral)
- Joséphine de Beauharnais (1763-1814), biographie et chronologie (Fondation Napoléon)
- Statue de Joséphine de Beauharnais (détruite), Fort-de-France (Fondation pour la mémoire de l'esclavage)
Crédits photo
Photographies AGEM Excursions, sauf celles listées ci-dessous :
- Trou cochon, Mickaël BRUNO, CC BY-SA 4.0

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Comment y aller
Aucun fond blanc n'est accessible depuis la côte : on y arrive en bateau, et c'est tout. La Baignoire est au large du François, la commune la plus proche, et à portée de navigation du Robert, plus au nord, d'où partent nos sorties : une demi-journée suffit pour s'y arrêter.
Nos sorties qui s'arrêtent sur un fond blanc
Les 2 formules marquent l'arrêt sur un haut-fond de la baie du Robert et à la Baignoire de Joséphine, avec l'apéritif les pieds dans l'eau et la visite des iguanes de l'îlet Chancel.